MAGAZINE | Qui veut de l'innovation doit lui donner une chance
Alors que nous discutons de l’avenir des soins, leurs meilleures idées restent dans un tiroir.
En tant que professionnel des soins infirmiers, j’ai côtoyé de nombreux collègues qui souhaitent améliorer leur quotidien professionnel. Ils trouvent des solutions créatives à des situations complexes ou repensent leurs pratiques. Non pas parce qu’ils en ont le temps, mais parce qu’ils prennent leurs responsabilités. C’est précisément là que réside la plus grande force d’innovation de notre système de santé – et en même temps son plus grand dilemme.
Car les bonnes idées à elles seules ne suffisent pas. Si l’on veut de l’innovation, il faut aussi lui donner sa chance. C’est justement le pari réussi du programme d’encouragement «Efficience dans les soins médicaux de base» (ESMB). Pour la première fois, un instrument soutient les innovations issues de la pratique. Je ne suis pas surpris qu’environ quatre-vingts projets aient été soumis d’emblée. Que ce soit le domaine des soins de longue durée, les institutions pour personnes en situation de handicap, les services d’aide à domicile ou les cabinets médicaux, les idées ne manquent pas.
Le fait que, finalement, seuls quelque 10% des projets aient pu être soutenus constitue un signal d’alarme pour les responsables politiques, afin qu’ils prennent enfin conscience que l’innovation ne naît pas par décret. Elle se développe là où les gens assument quotidiennement des responsabilités – si nous leur donnons la liberté d’action nécessaire.
En raison justement de la pénurie de personnel qualifié, nous ne pouvons pas nous permettre de laisser ce potentiel inexploité. Ceux qui associent l’efficacité uniquement à des mesures d’économie ne voient pas assez loin. Une véritable efficacité passe par de meilleurs processus, une collaboration intelligente et davantage de temps consacré aux personnes. Ce sont précisément ces solutions-là qui naissent de la pratique.
J’ai donc déposé une motion au Parlement demandant au Conseil fédéral de prolonger le programme de soutien ESMB. Chaque projet ne sera pas couronné de succès, mais l’immobilisme dans le secteur de la santé est la solution la plus coûteuse qui soit.
Si nous voulons un système de santé durable, nous devons faire confiance à celles et ceux qui le façonnent au quotidien. Agir autrement reviendrait à gâcher une opportunité – tant pour le secteur que pour les personnes qui en dépendent.