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MAGAZINE | Les principaux enjeux dans le domaine des enfants et des jeunes

Anne-Marie Nicole

Pressions financières, pénurie de personnel qualifié, stress psychologique et développement de l’offre ambulatoire: ce sont là les tendances prioritaires recensées dans le radar des tendances – non encore publié – de l’association de branche YOUVITA. Dans les cantons de Vaud et de Genève, les institutions et organisations y travaillent déjà.

Parmi les six mégatendances qui forment le radar des tendances conçu par ARTISET (lire pages 10 et 12), à paraître dans le courant de l’automne, l’équipe de l’association de branche YOUVITA a identifié vingt-trois tendances au total, qui sont autant d’enjeux avec des horizons temporels variables, et qui influencent directement le secteur des prestataires de services pour l’enfance et la jeunesse. Définies en accord avec les membres du Conseil de l’association, ces tendances ont été précisées et développées avec les délégations cantonales lors de la Conférence de branche du printemps dernier.

À la lecture des tendances recensées, un premier constat s’impose: la majorité d’entre elles s’inscrivent dans la mégatendance liée à l’évolution des valeurs et, dans une moindre mesure, dans celle concernant l’économisation. À noter également que sur les vingt-trois tendances retenues pour YOUVITA, une vingtaine se situe au centre du radar, à savoir celle qui regroupe les tendances actuelles requérant de la part des institutions et organisations une action d’ici à trois ans.

Lors d’entretiens avec des expertes et experts des trois associations professionnelles, ainsi qu’avec des acteurs du terrain, trois tendances ou ensembles de tendances se dégagent comme étant prioritaires: il s’agit premièrement des pressions cantonales en termes de coûts et de contraintes réglementaires, ensuite du stress psychologique lié notamment à l’augmentation des situations complexes, puis de la pénurie de personnel qualifié. On peut raisonnablement supposer que les actions et les mesures à mettre en œuvre dans le cadre de cette troisième tendance entrent en interaction directe avec d’autres tendances, en l’occurrence l’organisation du travail et les nouvelles méthodes de travail. En attestent d’ailleurs les questions proposées par le radar, qui visent à soutenir les réflexions des institutions à propos de l’importance d’une tendance. Pour la pénurie du personnel, l’une des questions invite à réfléchir aux modèles de travail et à l’organisation du travail qu’il s’agirait de développer pour attirer et fidéliser le personnel.

Le développement de l’offre ambulatoire

«Nous avons défini une quatrième priorité cruciale pour le domaine de YOUVITA: le développement de l’offre ambulatoire», affirme Raphaëlle Giossi, collaboratrice spécialisée responsable de la Suisse romande chez YOUVITA. Cette évolution dans le domaine des structures pour enfants et jeunes se manifeste dans deux tendances: la transition vers les soins ambulatoires et les modèles de prise en charge flexibles. Elle touche aussi à la problématique des lacunes dans la prise en charge qui figure dans le radar. «Cette transformation vers davantage d’ambulatoire confirme ce que l’on observe déjà sur le terrain et ce que nous disent nos membres», précise-t-elle. Et de rappeler que les institutions accueillent de plus en plus d’enfants avec des troubles du comportement et font face à des situations psychiques complexes croissantes. «Elles sont à flux tendu au niveau des places d’accueil, notamment dans l’accueil d’urgence.» La tendance concernant l’offre ambulatoire est aussi une bonne illustration de l’évolution des valeurs sociales, puisqu’elle repose notamment sur des notions telles que l’inclusion, la diversité des modes d’accompagnement et des structures d’accueil. Elle touche encore aux conceptions, attentes et valeurs des plus jeunes générations envers le monde du travail.

Chez YOUVITA, la tendance qui projette la place de l’intelligence artificielle dans l’accompagnement se situe dans la partie médiane du radar, c’est-à-dire celle des tendances auxquelles se préparer dans les quatre à six ans, et la tendance qui concerne la collecte des données relatives au développement durable figure dans l’anneau extérieur, à surveiller dans les huit ans. Ces deux tendances sont donc encore loin des préoccupations quotidiennes des institutions. Les tendances du radar de YOUVITA ne sont pas nouvelles et la plupart des institutions et des organisations cantonales ou régionales y travaillent déjà. Mais leur systématisation a l’avantage de donner une meilleure vision d’ensemble, notamment sur l’importance et l’urgence des multiples enjeux auxquels le secteur est confronté.

Genève: sur tous les fronts

«Tout arrive en même temps», constate Marina Vaucher, membre du Conseil de branche de YOUVITA et responsable de l’Association genevoise des organismes d’éducation, d’enseignement et de réinsertion (Agoeer). «Nous ne pouvons pas intervenir simultanément sur tous les fronts et nous sommes sans cesse dans l’urgence.» Et de lister ces tendances qui sont déjà bien actuelles et qui essoufflent les institutions et les organisations genevoises: la pénurie de personnel qualifié, les exigences accrues en termes de qualité pour proposer des offres d’accompagnement plus ciblées et diversifiées, et la fatigue des équipes consécutive à l’augmentation des situations complexes et multiples et à la péjoration de la santé mentale des enfants et jeunes accompagnés. Si la formulation est quelque peu différente, les enjeux sur le terrain rejoignent effectivement les priorités identifiées au niveau de l’association de branche YOUVITA.

Marina Vaucher accueille donc le radar des tendances proposé par YOUVITA comme un outil très utile qui, dans un contexte tendu, permettra aux directions et aux équipes de prendre du recul et de sortir de l’urgence. Il peut guider la pesée des intérêts et étayer les choix lorsqu’il s’agit de fixer des priorités parmi les enjeux à saisir. Les réflexions issues des questions suggérées pour chaque tendance peuvent aussi renforcer les argumentations destinées à convaincre un conseil de fondation, voir des autorités cantonales, quant aux actions ou mesures à mettre en œuvre. «Nous ne pouvons pas aller à l’encontre de ces mégatendances», admet Marina Vaucher. «Face aux changements qui arrivent, nous devons nous remettre en question.» Cela vaut aussi bien pour les institutions et organisations que pour l’association faîtière. La responsable est convaincue de la nécessité d’une collaboration étroite entre l’association et ses membres, «dans le respect de l’individualité de chacun». L’Agoeer a donc ici un vrai rôle à jouer et le radar constitue un bon outil collaboratif pour partager les pratiques, favoriser un langage commun et envisager des solutions pour l’avenir.

Vaud: forte pression sur les coûts

Dans le canton de Vaud, les institutions travaillent aussi déjà, souvent dans l’urgence, sur bon nombre des tendances identifiées dans le radar de YOUVITA, confirme Olivier Salamin, secrétaire général de l’Association vaudoise des organisations privées pour personnes en difficulté (Avop), laquelle compte parmi ses membres dix-huit établissements de pédagogie spécialisée et vingt structures de protection des mineurs. «Nous évoluons dans un contexte sous tension, avec une pression sur les coûts extrêmement forte. Il est donc difficile de ne pas être dans l’action et la réaction, au détriment de l’anticipation et de la construction des modèles. Mais en même temps, si on ne fait pas les deux, on va continuer à être réactifs des années durant, et cela ne sera pas très productif», constate-t-il. Pour les institutions vaudoises dans le domaine de l’enfance et de la jeunesse, la pénurie du personnel qualifié et la fatigue des équipes figurent aussi parmi les priorités absolues. Des mesures urgentes ont déjà été mises en place pour favoriser le recrutement et pallier l’absentéisme, notamment dans le domaine de la protection de l’enfance. «Ce sont parfois des mesures qui impliquent des financements qui ne sont pas faciles à obtenir aujourd’hui.»

Dès lors, pour répondre aux enjeux actuels et à venir, l’Avop se concentre sur le recueil et la consolidation de données issues de ses membres, qui concernent tous les domaines de l’activité institutionnelle – dotations en personnel, parc immobilier, mesures de sécurité, niveaux de formation, etc. «Il y a un gros enjeu autour de ces données», assure le secrétaire général. L’objectif est d’alimenter en permanence un tableau de bord avec des indicateurs permettant d’objectiver les besoins sur des thématiques qui recoupent les tendances du secteur. Le radar apparaît donc comme une véritable valeur ajoutée. «Il a l’avantage d’être très exhaustif sur tous les enjeux qui se profilent», analyse Olivier Salamin, qui considère le radar comme une aide à la réflexion sous forme de check-list. «Il faudrait que nous puissions réaliser une sorte de pondération des différents enjeux, qui évoluerait dans le temps pour mieux orienter nos actions et situer les rôles.» N’étant pas dans un rapport direct au terrain, et grâce aux collectes de données, la faîtière pourrait ainsi jouer davantage un rôle d’anticipation sur les tendances du cercle extérieur du radar. À l’instar du tableau de bord, le radar doit donner une vue d’ensemble pour ne pas négliger les tendances à plus long terme.

Tant au niveau cantonal que national, le radar des tendances sera essentiel d’un point de vue stratégique. Il peut être un levier intéressant pour les associations cantonales dans leurs partenariats avec d’autres acteurs institutionnels et les autorités. «Ce radar peut aussi nous fournir des indications particulièrement importantes pour le travail politique de l’association de branche YOUVITA», reconnaît Raphaëlle Giossi.