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Magazine | Comment gagner un Socialstore Award

Jenny Nerlich

Une fois par année, douze personnes issues de divers domaines spécialisés se réunissent à huis clos pour examiner, évaluer et récompenser des produits d’entreprises d’intégration. Il s’agit des membres du jury des Socialstore Awards. Cette année, nous jetons un coup d’œil dans les coulisses pour découvrir ce qui distingue les produits lauréats.

Les membres du jury des Socialstore Awards se réunissent toujours un mardi et, depuis quelques années, systématiquement à la Welle 7, à Berne. Ils se rassemblent autour d’un café et d’un croissant, font connaissance ou se retrouvent, discutent, puis se mettent au travail. Une équipe de spécialistes et une salle sont consacrées à chaque catégorie. Au fil des sept éditions des Socialstore Awards, les catégories ont été nombreuses: cuisine, décoration, jeux, mode, cadeaux d’entreprise, participation, coopérations. Certaines sont si prometteuses qu’elles reviennent régulièrement, comme «Alimentation, goût & spécialités» et «Prestations de services», y compris cette année. Les catégories «Nouveautés» et «Œuvres d’art» viennent d’être ajoutées. Si vous suivez les Socialstore Awards ou y participez, vous savez certainement déjà tout cela. En revanche, ce que vous ne savez peut-être pas encore, mais aimeriez sûrement savoir, est comment convaincre le jury et remporter un Socialstore Award. Allons le découvrir ensemble, d’une salle et d’un jury à l’autre.

Première salle: les saveurs

Nous commençons notre tour dans l’oubli de soi. Car c’est cela, le plaisir des saveurs, estime Stephan Bolliger, ingénieur agroalimentaire, fondateur de Cuckoo ice cream et membre du jury pour la catégorie «Alimentation, goût & spécialités». «Un produit est savoureux lorsqu’il procure du plaisir durant toute l’expérience gustative et ne laisse pas de mauvais souvenir.» Si la forme, la couleur, la texture et la variété s’accordent, et si l’emballage est attrayant, le plaisir est alors à son comble. Cela reste toutefois une affaire très personnelle. Ainsi, lors de la dégustation, les membres du jury ne se laissent pas uniquement guider par leurs propres goûts: ils doivent mener des réflexions et des évaluations plus globales.

Ils commencent néanmoins par tout goûter: sirops, biscuits, sauces à salade, miel, soupes et pâtes. Les deux jurés prennent leur temps lors de la dégustation, s’immergent, se laissent porter, en font l’expérience avec tous leurs sens. «Il est important pour nous de voir quel produit reste en tête, qu’il soit particulièrement bon ou non», explique Reto Frei, fondateur de la chaîne de restaurants tibits. Il accorde aussi beaucoup d’importance à la qualité des ingrédients: «Une grande attention a été portée à la qualité des ingrédients de tous les produits présentés», se félicite-t-il. «C’est très précieux. Les produits savoureux n’ont pas seulement bon goût; ils sont aussi fabriqués avec des ingrédients authentiques et naturels.»

La règle? Moins, c’est plus. Trop d’ingrédients peuvent nuire à un produit. Mais créer un excellent produit avec seulement quelques ingrédients n’est pas simple. Autre défi: trouver l’équilibre entre originalité et familiarité. «Le produit doit être particulier tout en plaisant à la majorité», indique Reto Frei. «Plus un produit est spécial, plus il faut l’expliquer à la clientèle. Plus un produit est simple, plus il est remplaçable.» Toutefois, en misant sur la qualité, des ingrédients de choix, une bonne confection, un prix juste et une touche d’originalité, on peut convaincre les papilles de la clientèle.

Deuxième salle: toutes les nouveautés

Ici, les nouveautés à découvrir sont nombreuses: vaisselle en céramique, sacs en tissu colorés, récipients en verre, emballages pour plats à emporter, lampes, jeux et autres, toutes soigneusement présentées sur les longues tables. Devant celles-ci, les trois hommes du jury réfléchissent, discutent et testent les produits. Au vu du nombre de nouveautés, il faut procéder de manière systématique. Autrement dit, la première impression compte. Chaque juré dépose d’abord des cartes de couleurs: feu vert ou feu rouge. Les favoris sont ensuite sélectionnés parmi les produits ayant reçu des cartes vertes et discutés en détail. Qu’est-ce qui rend ce produit si spécial? Le design, la qualité et l’usage convainquent-ils? Et, surtout: en quoi est-il nouveau? Pour Georg Fontana, concepteur de produits, un produit n’a pas besoin d’être complètement inédit pour convaincre: «Il peut aussi convaincre par un développement autonome si le prix, la qualité et le design sont au rendez-vous.» Le produit doit soit apporter une valeur ajoutée et une utilité à la clientèle, soit plaire.

Pour la commercialisation des produits des entreprises d’intégration, les mécanismes sont les mêmes que pour tous les autres produits, tout comme le risque. «Honnêtement, personne ne peut prédire avec certitude quel produit aura du succès sur le marché», indique Stefan Egli, fondateur de Swiss Design Market. Bien évidemment, le produit doit être conçu sur la base d’une analyse de marché. «Mais cela ne garantit pas que le marché adopte le produit.» Stefan Egli a tout de même un conseil: «Je recommanderais aux entreprises d’intégration de collaborer davantage avec des concepteurs de produits. Une grande partie des produits présentés étaient bons, mais il manquait le regard du concepteur. Cela leur permettrait de mieux s’affirmer sur le marché.»

Troisième salle: au service de la clientèle

Après les délices culinaires joliment emballés et les nouveautés aux couleurs et formes variées, les choses sont bien plus nettes concernant les prestations de services. Après tout, celles-ci ne peuvent être ni touchées ni goûtées. Le jury les évalue donc d’après leur description. Ainsi, les trois membres du jury se penchent sur les descriptifs des prestations et visionnent les vidéos promotionnelles d’entreprises artisanales, de services de conseil, de blanchisseries ou encore de studios de design. Le principal critère d’évaluation est ici la visibilité de l’inclusion. «La valeur ajoutée doit être générée par les personnes en situation de handicap et non pour elles», explique Simon Steiger, responsable de marché chez Funk. Pour lui, si le personnel occupe une place visible dans la chaîne de création de valeur, la prestation est aussi innovante. Mais innover signifie aussi répondre à un réel besoin de la clientèle, relever des défis de société ou combler une lacune sur le marché. Il ne s’agit pas d’innovations technologiques, mais d’approches modernes et efficaces, estime Thomas Perren, économiste d’entreprise. Par ailleurs, le prix doit être adéquat. «En fixant un prix inférieur, on nuit à sa propre entreprise et aux commerces locaux», souligne Simon Steiger.

La formule est donc la suivante: une valeur ajoutée avec une approche innovante, une bonne qualité, un bon positionnement et un prix juste rendent une prestation commercialisable. Sans oublier la visibilité! «De très nombreuses offres présentées sont excellentes sur le plan technique mais communiquent très peu à l’extérieur. Une présence en ligne, de la publicité sur ses véhicules ou un propre label apportent à la fois des commandes et cette visibilité au sein de la société, qui est finalement tout l’enjeu de cette distinction», recommande Simon Steiger.  

Quatrième salle: l’art!

Commençons par une question centrale: qu’est-ce que l’art? Katja Lang y répond: «L’art est une création délibérée, qui interprète le monde plutôt que de le représenter.» Eva Rekade ajoute: «Ce qui fait une œuvre d’art, ce n’est pas seulement sa forme: l’idée, la conception réfléchie et l’effet sur les spectateur·trices comptent tout autant.» Selon Matthias Winkler, «L’art est une expression à part entière. Il peut aussi être repoussant ou rendre perplexe.» Enfin, tous les trois estiment que «l’art a pour but de susciter des émotions et inciter à la réflexion». Bien qu’évaluer l’art relève de l’impossible, cela reste néanmoins une tâche incroyablement passionnante, à laquelle les trois artistes se sont attelés lors de la journée du jury. Trente œuvres se tiennent devant eux: dessins, collages, estampes. Ils se laissent d’abord porter par les œuvres, notent leurs favoris, puis en discutent ensemble. «Nous évaluons les œuvres d’après des critères définis et non simplement selon nos goûts», explique Katja Lang, codirectrice de Creaviva au Zentrum Paul Klee. «Malgré tout, les évaluations restent personnelles et ne peuvent jamais être complètement objectives», ajoute Eva Rekade, directrice de l’Akademie Rohling.

Lors de l’évaluation, il est question de technique et d’esthétique, de déroutement et de surprise, de compétences créatives et de processus de conception. Ce dernier point implique une autonomie. Une œuvre doit naître de la personne elle-même. Cela n’exclut pas que l’artiste ait été guidé·e par des assistant·es ou qu’une œuvre existante soit réinterprétée, tant que l’idée vient de l’artiste même. Les trois membres du jury ont été impressionnés par l’expressivité et le caractère singulier de nombreuses œuvres présentées. Ils ont ainsi décidé de ne pas faire ce qu’ils auraient dû en tant que jury. De quoi s’agit-il? Nous le découvrirons à la remise des prix. Matthias Winkler, illustrateur et artiste, ajoute encore: «Toutes les personnes qui présentent une œuvre ont du courage. Et nous devrions leur dire: continuez, c’est parfait.»

Il s’agissait de la dernière salle et du dernier jury; le tour est terminé. Vous savez désormais comment concevoir votre produit ou prestation pour remporter un Socialstore Award: en identifiant un réel besoin de la clientèle, en trouvant une solution innovante, en mettant vos collaborateur·trices en situation de handicap au premier plan, en faisant de la qualité un principe fondamental, en définissant un prix juste, en gagnant en visibilité et en ne négligeant pas le design. Vous avez une année à disposition. Lancez-vous!