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PARTICIPATION SOCIALE | La commune: pilier du développement durable

Mona Meienberg (Unicef Suisse et Liechtenstein)

Les communes et les villes sont le théâtre de la vie quotidienne – logement, loisirs, formation, travail… Les décisions prises au niveau communal ont donc un impact direct et tangible: elles influencent la cohésion sociale et la qualité de vie de toutes les générations. Investir dans de bonnes conditions-cadres dès l’enfance renforce l’ensemble de la collectivité.

Les communes et les villes sont des lieux où les décisions politiques ont un effet direct sur le quotidien. C’est là que se déroule la vie de tous les jours et c’est là que se décide si la solidarité et le vivre-ensemble restent des concepts abstraits ou s’ils peuvent être concrètement vécus. Un environnement favorable est essentiel aux enfants, aux jeunes et à leurs familles en particulier. Plus elles et ils sont jeunes, plus leur rayon de déplacement est petit et, par conséquent, le niveau communal est important. Cela vaut aussi pour des populations vulnérables, comme les personnes en situation de handicap, les personnes réfugiées, les personnes touchées par la précarité, les personnes vivant dans des lieux d’hébergement (stationnaires) ou les personnes âgées, qui ont besoin dans leur environnement immédiat d’offres et de structures favorisant leur développement, leur mobilité et leur participation à la vie sociale.

Politique de l’enfance et de la jeunesse forte

En ratifiant la Convention de l’ONU relative aux droits de l’enfant, aussi appelée Convention des droits de l’enfant, la Suisse s’est engagée à respecter et à mettre en œuvre les droits des enfants et des jeunes. Les communes et les villes jouent un rôle central dans l’application concrète de ces droits. L’initiative de l’Unicef «Commune amie des enfants» soutient les communes et les villes dans la création d’un cadre de vie dans lequel les droits des enfants et des jeunes sont respectés et leur participation encouragée.

Unicef Suisse et Liechtenstein accompagne des communes depuis vingt ans. L’expérience montre que celles-ci peuvent influencer le développement des enfants et des jeunes de manière significative et que des conditions-cadres favorables ont un effet positif (lire aussi à ce propos p. 56).

Une politique communale de l’enfance et de la jeunesse forte et coordonnée est le fondement de la cohésion sociale, car elle intervient là où naît le vivre-ensemble, soit dans l’environnement immédiat des individus. Les communes et les villes conçoivent des structures d’accueil, des écoles, des offres de loisirs, des espaces publics, des solutions de mobilité et des possibilités de participation. Ces domaines sont décisifs pour que les gens se sentent intégrés, développent une relation de confiance et assument leurs responsabilités les unes et les uns envers les autres.

La politique de l’enfance et de la jeunesse est donc une tâche transversale qui incombe à l’entier de la commune et requiert des structures de collaboration adéquates, non seulement entre les personnes en contact direct avec les enfants et les jeunes comme les parents, le corps enseignant ou les animatrices et animateurs auprès des jeunes, mais aussi avec des spécialistes de la politique budgétaire, de l’aménagement du territoire ou de la promotion de la santé. Une politique communale de l’enfance et de la jeunesse forte doit impérativement être pensée et mise en œuvre globalement et intégrer les aspects de politique sociale, budgétaire et sanitaire.

Réduire les inégalités sociales

Les enfants ne grandissent pas dans services administratifs mais dans des quartiers, des voisinages et des communes. Leur bien-être dépend en grande partie de l’existence, dans leur environnement immédiat, d’espaces sûrs, d’offres accessibles et de structures de soutien. Fédéralisme oblige, l’éducation de la petite enfance, les écoles, les offres de sport et de loisirs, les soins de santé, la mobilité, les espaces verts et de jeux et les services sociaux sont bien souvent gérés au niveau communal, voire régional. Leur qualité et leur accessibilité déterminent grandement les possibilités de développement et de participation des jeunes.

Lorsque les enfants et les jeunes disposent de conditions équitables et favorables, ce sont des familles entières et le voisinage qui en bénéficient aussi. Les espaces de rencontre sont animés, les disparités sociales sont réduites et l’exclusion peut être prévenue assez tôt. Pour les enfants et les jeunes de milieux défavorisés ou vivant des situations difficiles, la commune est souvent le premier niveau de soutien public. Des offres de proximité faciles d’accès et bien coordonnées permettent d’identifier et de minimiser à temps les risques, de lutter contre l’isolement et de favoriser la participation. Celle ou celui qui apprend très jeune que sa voix compte et que les structures publiques sont fiables aura davantage confiance dans les processus démocratiques et la communauté.

Une politique communale de l’enfance et de la jeunesse bénéficie à toutes les générations: elle relie les besoins des enfants, des parents, des personnes âgées et des autres groupes de la population tout en aménageant des lieux où des personnes d’horizons divers peuvent se rencontrer. La responsabilité commune, la participation et la solidarité au niveau local favorisent ainsi la cohésion sociale.

La participation commence au niveau local

L’un des principes fondamentaux de la Convention des droits de l’enfant est le droit des enfants et des jeunes de s’exprimer sur toute question les concernant, autrement dit le droit à la participation. Or, c’est au niveau communal que celui-ci peut être développé et mis en œuvre le plus efficacement: les processus de décision sont clairs, les réalités de vie sont tangibles et l’expérience de la participation est directe. Le vivre-ensemble démocratique s’apprend. Dès lors, il est important que les enfants soient familiarisés dès leur plus jeune âge avec les structures et processus participatifs, que ce soit dans les établissements scolaires ou parascolaires, dans les activités de loisirs ou au niveau politique.

Afin d’encourager la participation des enfants et des jeunes, l’initiative «Commune amie des enfants» mise sur des structures participatives obligatoires et adaptées à leur âge. Les enfants et les jeunes sont non seulement écoutés, mais aussi impliqués activement dans les processus de planification et de décision, par exemple pour l’aménagement des espaces publics, la gestion du trafic, le développement des loisirs et de l’école ou plus généralement les activités sociales. La participation renforce l’efficacité personnelle, le sens des responsabilités et les compétences démocratiques. Les enfants et les jeunes prennent conscience qu’elles et ils peuvent contribuer à la construction de leur environnement.

Les enfants et les jeunes qui sont impliqués s’identifient davantage à leur cadre de vie. Elles et ils se sentent responsables des espaces publics, prennent soin des autres et développent un sentiment d’appartenance. Ainsi, cette participation profite non seulement aux enfants et aux jeunes, mais aussi aux communes et à la société dans son ensemble. Les enfants et les jeunes sont expertes et experts de leur propre environnement. Leurs perceptions conduisent à des solutions mieux adaptées à leurs besoins, plus durables et largement soutenues, qui tiennent aussi compte d’autres groupes vulnérables. Lors de l’aménagement de lieux de rencontre ou d’installations de loisirs, par exemple, elles et ils pensent à des besoins spécifiques comme des bancs pour les personnes âgées ou à mobilité réduite. En outre, un ou une adulte qui a été pris au sérieux lorsqu’il était enfant s’implique davantage dans sa communauté, dans le bénévolat et en politique.

L’inclusion renforce les communes

Lorsque tous les individus, quel que soit leur âge, leur origine, leur handicap ou leur situation sociale, peuvent participer dans une égale mesure à la vie sociale, le vivre-ensemble devient plus ouvert et solidaire. L’inclusion rend les communes plus résilientes, plus justes et plus agréables à vivre. Une politique communale axée sur les enfants et les jeunes peut servir d’indicateur du bon fonctionnement d’une société.

Les communes amies des enfants favorisent sciemment les rencontres entre les générations. Les places de jeux, centres de quartier, écoles, bibliothèques ou maisons des générations deviennent des lieux de rencontre et d’échange, où des groupes de population très différents se côtoient naturellement. Ces espaces doivent être activement conçus par les communes, non seulement en créant de nouveaux lieux, mais également en ouvrant les espaces existants à tous les groupes de population. Les affectations provisoires d’espaces libres et les friches se prêtent bien à la création de lieux de rencontre temporaires.

Une politique de l’enfance et de la jeunesse prévoyante et inclusive a aussi un effet durable: investir dans la petite enfance, la participation et la prévention est rentable tant sur le plan social qu’économique. Cela renforce les parcours scolaires, la santé, les compétences sociales et l’engagement démocratique, autant de bases essentielles à une société résiliente et durable.

Comment faire perdurer l’effet

Dans une optique de pérennité, il est important que les communes et les villes réfléchissent aux structures de manière globale, en veillant à ce qu’elles relient si possible tous les groupes de population. Pour ce faire, il faut un ancrage politique indépendant des personnes, sous la forme de stratégies, de concepts ou d’objectifs législatifs. Dans un esprit d’égalité des chances, les enfants, les jeunes et les groupes vulnérables doivent être soutenus de façon très concrète, par la suppression des barrières architecturales, linguistiques et sociales et par l’amélioration de l’accès aux offres et aux structures. Une politique communale de l’enfance et de la jeunesse, des lignes directrices pour les générations, un concept pour la petite enfance ou une stratégie d’inclusion peuvent servir de base. À cela s’ajoutent des structures de coordination obligatoires au sein de l’administration, qui agissent de manière transversale et tiennent systématiquement compte des besoins des différents groupes de population, par exemple grâce à un poste de déléguée ou délégué à l’enfance et à la jeunesse, à une commission sociale ou à des groupes de travail interdisciplinaires. Il est important d’identifier les différents besoins et de les inscrire dans des principes ou autres textes.

La participation active de la population est un aspect important d’une politique communale axée sur les besoins, qui s’inscrit dans la durée et qui implique tous les groupes d’âge ainsi que les personnes en situation de vulnérabilité. La promotion de la participation renforce l’efficacité personnelle des individus et de la démocratie dans son ensemble, contribuant ainsi grandement à la durabilité sociale.

Le développement durable se joue là où les gens vivent et participent à la vie sociale, soit dans les communes, qui sont un pilier essentiel d’une société juste, inclusive et durable. Quiconque prend le développement durable au sérieux, doit par conséquent aussi renforcer le rôle des communes.

­­Participation sociale pour toutes et tous. Pour construire le vivre-ensemble

Vous pouvez lire l'article dans le numéro 3/2026 du magazine ARTISET.

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Page de couverture du magazine: Participation sociale pour toutes et tous.