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PARTICIPATION SOCIALE | Accompagner plutôt que séparer, pour mieux renforcer les familles

Susanne Wenger (à la demande d’Artiset)

L’organisation Schoio, dans la région bernoise de Haute-Argovie, est passée d’un foyer pour enfants à un centre principalement dédié à l’aide ambulatoire aux familles. Les enfants et leurs parents en situation difficile bénéficient d’un soutien au quotidien et restent intégrés dans la communauté.

Deux adultes discutent à l’extérieur dans la neige; en arrière-plan, des enfants jouent avec une luge.
L’organisation Schoio, dans la région bernoise de Haute-Argovie, est passée d’un foyer pour enfants à un centre dédié à l’aide ambulatoire aux familles. Photo: Marco Zanoni

Jusqu’en 2013, Schoio était un foyer d’hébergement pour les enfants et les jeunes. Aujourd’hui, seuls l’emplacement à la périphérie de Langenthal et la structure du bâtiment, avec sa maison principale et l’ancienne habitation du directeur, rappellent son histoire plus que centenaire. Son nom même, acronyme pour «Schoren im Oberaargau», fait référence à l’ouverture de l’ancien foyer pour enfants à toute la région. Certes, les structures d’aide à l’enfance et à la jeunesse ne sont plus depuis longtemps des mondes à part. Mais Schoio a connu une «réorientation fondamentale», comme le relève Svenja Beck, membre de la direction.

Cette entreprise d’utilité publique, détenue par la ville de Langenthal, travaille aujourd’hui dans une approche orientée vers l’espace social et principalement ambulatoire. L’orientation vers l’espace social signifie soutenir les personnes dans leur environnement. Les quelque soixante collaboratrices et collaborateurs apportent leur aide directement sur place et mobilisent des soutiens professionnels ainsi que de de la société civile. L’offre ambulatoire comprend un accompagnement socio-éducatif des familles à domicile, une structure d’accueil complémentaire pour les enfants dans les locaux de l’organisation et un soutien aux parents en matière de droit de visite. Schoio assure également un travail social scolaire dans huit communes de la région.

Responsabilité partagée

Même si elle mise sur l’aide ambulatoire, Schoio continue d’exploiter un foyer pouvant accueillir dix enfants et gère le placement des enfants dans cinq familles d’accueil, dont certaines bénéficient d’un accompagnement professionnel. Pour les enfants présentant «un comportement scolaire et social difficile», il existe quatre petites classes réparties sur trois sites. Même dans le cadre de ces mesures ordonnées par les autorités, Schoio poursuit son objectif d’intégration. «Nous n’encourageons pas la séparation, mais le retour dans les systèmes normaux que sont la famille et l’école», souligne Svenja Beck. «Les enfants et les jeunes doivent se sentir intégrés dans leur famille et dans la société.»

Au sein du foyer d’hébergement, Schoio définit les objectifs de soutien avec les parents et les implique dans la vie quotidienne. «Les parents viennent régulièrement et assument certaines tâches, par exemple mettre leur enfant au lit, avec les draps de la maison», explique Svenja Beck. Cette responsabilité partagée augmente les chances de retour de l’enfant. Schoio travaille également étroitement avec les écoles publiques, par exemple lorsque des enfants atteints d’un TDAH sévère sont admis dans des classes spécialisées. «Le séjour chez nous soulage toutes les personnes concernées et apaise la situation», explique Damaris Blum, également membre de la direction. Un soutien individuel favorise la réussite scolaire et éveille le plaisir d’apprendre.

Aide à l’autonomie

Schoio accompagne la plupart des cent-vingt familles dans le cadre d’un suivi ambulatoire. L’Office des mineurs du canton de Berne finance ces prestations à la demande des services sociaux de la commune de résidence ou de l’autorité de protection de l’enfant et de l’adulte (APEA). Damaris Blum explique le fonctionnement du travail social de proximité en prenant l’exemple de l’accompagnement socio-éducatif des familles. Les raisons de cette offre sont le stress des parents face à l’éducation des enfants, les conflits familiaux ou l’absentéisme scolaire répété.

«L’accent porte sur la promotion du développement de l’enfant, le renforcement de la famille et la protection du bien-être de l’enfant», explique Damaris Blum. La personne qui accompagne commence par évaluer les besoins et définit les objectifs avec les autorités et les parents. «Nous formulons des objectifs adaptés au quotidien de la famille.» Celle-ci doit apprendre à surmonter ses difficultés par elle-même. Schoio mise pour cela sur les forces et les ressources de la famille et de son entourage. «Nous établissons une carte des ressources dans l’espace social.» L’organisation examine donc les lieux, les relations et les offres disponibles dans le quartier ou le village et y recourt avec les familles pour résoudre les problèmes et renforcer la participation.

Grand-mère et parrain comme «ressources»

Les ressources peuvent être matérielles, comme une voiture, ou liées aux infrastructures, comme une aire de jeux ou une association. Les ressources sociales, telles que les personnes de confiance des enfants, sont particulièrement importantes. «La grand-mère ou le parrain peuvent être de telles ressources», assure Svenja Beck. Elle mentionne les grands-mères qui sont des «îlots de stabilité» et les parrains qui accompagnent les jeunes aux entretiens scolaires.

Un accompagnement familial comprend environ douze à quinze heures par mois. L’Office des mineurs le finance dans un premier temps pour un an, avec une prolongation possible. La plupart du temps, l’accompagnement dure entre un et cinq ans, rarement plus, par exemple en cas de troubles cognitifs ou psychiques des parents.

Quand l’aide extérieure apaise les conflits

Fabienne T. (nom modifié) et ses deux enfants en âge de scolarité bénéficient chaque semaine du soutien de Schoio depuis dix-huit mois. La mère de famille en avait fait la demande, sur conseil de sa curatrice. Après sa séparation d’avec son mari, les problèmes de communication se sont aggravés, ce qui a surtout affecté l’aîné des enfants. Il est entré en conflit avec sa mère et a refusé tout contact avec son père. Fabienne T. a alors compris qu’il fallait faire appel à «quelqu’un de l’extérieur».

Les spécialistes de Schoio connaissent bien les conflits de loyauté des enfants après un divorce. Souvent, les parents aggravent inconsciemment les difficultés des enfants. La personne qui accompagne clarifie les besoins, les rôles et les tâches dans la nouvelle configuration lors d’entretiens individuels, puis communs avec toutes les personnes concernées. Dans le cas de Fabienne T., les deux grands-mères ont été impliquées à certains moments. Les résultats sont tangibles: les parents communiquent mieux, l’aîné rend régulièrement visite à son père. Un rendez-vous commun à quatre avec l’accompagnante familiale est prévu prochainement.

Les succès et les limites

«Nous travaillons encore à améliorer la situation entre mon fils aîné et moi», affirme Fabienne T. L’accompagnante lui apprend des stratégies pour éviter les escalades, comme fixer des limites. Même si la mise en œuvre n’est pas toujours facile, Fabienne T. est convaincue que l’accompagnement en valait la peine. «Sans cette aide, nous n’en serions pas là aujourd’hui.» Le soutien devrait prendre fin cet été.

La plupart des accompagnements ambulatoires se terminent bien, explique Svenja Beck. Seuls cinq pour cent des cas aboutissent à un placement extrafamilial pour le bien-être de l’enfant. Les facteurs de réussite de l’accompagnement ambulatoire sont l’adaptation individuelle, la flexibilité, l’ouverture d’esprit et la rencontre «d’égal à égal». Selon Svenja Beck, cela passe aussi par des remarques, par exemple à propos d’une hygiène insuffisante qui met en danger la santé des enfants ou des méthodes éducatives inadaptées.

Le souhait le plus cher

Svenja Beck est elle-même accompagnante familiale. Elle a vécu le changement chez Schoio voici plus de dix ans et constate un «bénéfice énorme», surtout pour les enfants et les jeunes. Pour la société aussi, notamment sur le plan financier. Il est plus durable de responsabiliser les parents et de renforcer les familles sur place. Cependant, selon Svenja Beck, les réglementations compliquent l’approche ambulatoire, par exemple l’obligation d’utiliser les offres stationnaires ou l’absence de rémunération des prestations de coordination, pourtant nécessaires pour mettre en place le réseau de soutien d’une famille.

Schoio entretient des contacts avec les différents acteurs du travail communautaire auprès des jeunes, le service psychologique ou le centre d’orientation professionnelle. L’organisation est membre de l’association Choreo, qui promeut les communautés de soutien pour les générations en Haute-Argovie. L’appartenance est essentielle, conclut Svenja Beck: «Je n’ai jamais vu un enfant qui ne souhaite pas ardemment faire partie d’une famille.»

­­Participation sociale pour toutes et tous. Pour construire le vivre-ensemble

Vous pouvez lire l'article dans le numéro 3/2026 du magazine ARTISET.

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Page de couverture du magazine: Participation sociale pour toutes et tous.